dimanche 22 septembre 2019

Jour 5 : Sur les traces de Saint-Ex à Tarfaya

Départ : Casablanca Tit Melil GMMT (Maroc)
Escale : Tan-Tan GMTN (Maroc)
Arrivée : Tarfaya GMAF (Maroc)

Distance : 1000 km
Temps de vol : 5h



Azur 6 au départ de Casablanca

Aujourd’hui longue journée, longs vols. Nous partons tôt. Au terrain, nous nous préparons tous à un départ matinale de Casablanca quand un bus d’écoliers arrive, puis un second et un troisième. Une centaine d’enfants sont là pour rencontrer le Raid Latécoère. Nous ne sommes pas les seuls à parrainer une école.

Bertrand Piccard accueillant les enfants sur le terrain de Tit Mellil
Ce répit laisse à l’organisation le temps d’affiner les relevés météo et à Lolo le temps de faire tamponner nos carnets de vols par la tour de Casablanca Tit Mellil.
La configuration de l’équipage change encore ce matin, je passe pilote avec Laurent en copil et Camille en radio.

Eddy et Laurent prêts au départ
Nous avons 4h de vol non-stop pour relier Casablanca à Tan-Tan dans un premier temps puis Tarfaya en passant par Essouira et Agadir. C’est la première fois pour Eddy d'enchaîner un vol si long.  La question des toilettes refait surface ... tout le monde se la pose mais personne n’en parle. Le joker est dans le sac si besoin. Pour le reste, on sait faire et le plan est bien en tête.
Nous décollons dans la vague Bravo avec un espacement de 5 min avec le trafic précédent. Nous décollons et à nous le désert.

Cette route Casa - Dakar était mythique, beaucoup de pilotes de la "Postale" voulaient voler dessus pour la tranquillité et la splendeur des paysages. Rien n’est plus paisible et reposant qu’un paysage mi-désertique et mi-côtier. A son arrivée dans l’Aéropostale, Mermoz est d’abord envoyé sur la ligne Toulouse - Barcelone pour se faire la main alors qu’à la même époque on étend la ligne connu jusqu'à Dakar. Il rêve d’intégrer ce tracé si particulier qui est défriché par les pilotes renommés de l’époque. Kessel écrit que sur ce tracé, Mermoz retrouvera le même esprit du vol qui l’a rendu accroc à Palmyre où il était pilote dans l’Armée de l’Air. Ce moment où il a compris qu’il était fait pour ça.

La journée qui nous rembourse de toutes nos peines : vol sans histoire vers une destination mythique. Les espaces aériens se simplifient. Nous arrivons dans le désert. Le vol est long mais le vent nous pousse : alors qu'il n' y a pas grand-chose à faire, les impressions sont fugitives. Les champs cultivés autour des villages dans le sud de Casablanca font place à des paysages de savane, quelques arbres, des buissons.



En suivant la côte, des plages immenses et désertes. Parfois des oueds à sec creusent des vallées où subsiste un peu de végétation. Le reste du paysage est minéral, sable et pierres. Nous enregistrons des images de temps en temps, mais nous pourrions laisser tourner la caméra. Au sud d'Essaouira, nous longeons les falaises. Des parapentes et des kitesurfs apparaissent de temps à autre.

Les côtes du Maroc








La baie d' Agadir est entièrement recouverte de nuages bas que nous survolons. La mer et la ville ont disparu sous le coton.

La baie d'Agadir sous les nuages
Nous retrouvons la vue du sol une fois revenus sur le rivage, de l' autre côté de la baie. Il y a une zone militaire active dans le sud du Maroc. Son contournement nous oblige à nous enfoncer dans le désert. Paysages de cinéma. On dirait le décor de la guerre des étoiles. Le vol se transforme en course d' endurance : nous grignotons en vidant nos bouteilles. Puis nous arrivons à l' escale.

La guerre des étoiles ? Tatooine ?

Camille qui prend des photos du décor désertique

L'équipage en mode survol du désert (et de l'eau ... sinon pourquoi les gilets ?!)
Arrivée à Tan-Tan nous cherchons la piste en plein désert. C’est simple, il n’y a absolument rien autour à part le petit village de Tan-an. Plus nous descendons vers le sud, plus la vie se raréfie.
La piste est immense : à l'arrivée, nous voyons d'abord le fossé rectiligne de la clôture d'enceinte, assez grand pour être confondu avec la piste. En fait, la piste est encore plus grande. Comme si un ingénieur excentrique avait décidé de construire un autoroute en plein désert, au départ d’une oasis, avait changé d’avis et laissé le chantier en l'état. Finale de 747.
Au sol, on reprend son souffle, on se dégourdie les jambes et constate que la transpiration nous a sauvé du joker toilette. C’est l’avantage de ce climat chaud. Mais attention à ne pas se déshydrater pour autant. Nous mangeons sous l’aile de l’avion, protégés du soleil et ébouriffés par le "mistraahl" (ils ont aussi du vent fort dans le désert…).

Et c’est le départ pour Tarfaya, la version ailée du pèlerinage à Saint-Jacques.
Pour l’occasion, ce sera Laurent qui posera l’avion sur l’ancien terrain de Cap Juby. La piste est limitative, 680 m dans le sable. 3 grandes antennes se trouvent légèrement décalées de la trajectoire en finale et nous partons après 4h de vol déjà assumées. Cette arrivée légendaire est mis entre les mains du plus expérimenté à juste titre pendant que Camille et moi ferons des images souvenirs.
Plus nous nous rapprochons, plus nous entendons nos compagnons de voyage s’exciter à la radio. Le leader est déjà posé et régule le trafic avec une radio portative. 3 zones d’attentes ont été installées dans le circuit de piste (à l’approche du terrain, début de vent arrière et fin de vent arrière). Nous entendons que les bouchons commencent. Et oui, même dans les airs il peut y avoir des bouchons, à 23 avions ce n’est pas étonnant sur un terrain ouvert seulement quelques fois par an. De plus, la piste étant sur le sable, il nous est demandé de couper le moteur rapidement pour manœuvrer l’avion à la main une fois l’atterrissage accompli. Nous réduisons notre vitesse bien en amont pour réduire les embouteillages et la stratégie est payante.

L'expérience du vol en groupe accumulée les jours précédents commence à se faire sentir. Nous profitons de ces conditions pour regarder le désert affirmer sa présence : nous n’avions pas vu de dunes jusque là, et, après la traversée de l’embouchure d’un fleuve côtier, en voilà de longs cordons, sculptés par le vent. Vu du ciel, ça ressemble aux écailles d’un poisson. Rien d'étonnant finalement, puisque nous arrivons dans un pays de pêcheurs.

Embouchure  se dit Foum en marocain
Nous arrivons sur Tarfaya seul en tour de piste et sans attente. Lolo est plus concentré que jamais.
Le Petit Prince nous regarde, alors on s’applique. La routine du vol empêche de s’attendrir, et le terrain n’est pas facile, mais l'émotion est bien réelle : les poils frémissent sur les bras et les nuques. Nous observons le site avec des yeux d’enfants. Nous y sommes ! Cap Juby est là sous nos yeux, et nous allons nous y poser. Laurent procède à la vent arrière au dessus du port de Tarfaya puis vire en base avec un beau visuel sur les antennes menaçantes. Effectivement, une fois en finale, le saumon de l’aile ne passe pas très loin d’elles. Lolo maitrise et nous faisons un atterrissage parfait qui aurait peut-être pu rendre fier Saint-Exupéry. Demi-tour, roulage, extinction du moteur, allumage coupé. On nous pousse sur le parking. Azur 6 est arrivé à destination.

Beaucoup de monde nous attend au sol. Alors que nous prenons quelques secondes pour reprendre nos esprits et réaliser ce que nous venons de faire, Camille ouvre la verrière et nous entendons contre toute attente : « Azur 6 ! Azur6 ! Azur 6! ».
Nous nous retournons, un groupe d’enfants scandent nos prénoms et celui de l’équipage en brandissant des pancartes avec le portrait et le nom de l’équipage. Incroyable, les enfants que nous parrainons ont fait le déplacement depuis Laayoune pour venir nous voir atterrir. Ce cadeau est inestimable. A peine sorti de l’avion, ils courent vers nous.

Les enfants de Laayoune au pied de l'avion Azur 6
Ils se posent dans le sable face à nous, nous leur disons bonjour individuellement en leur tapant dans la main puis nous nous asseyons près d’eux dans le sable pour une petite discution.
Eddy commence à signer des autographes ! Bertrand Picard est venu en ambassadeur des aviateurs du monde entier. Pas de bol, Eddy lui vole un peu la vedette en signant T-shirt et casquettes. On dirait les Beatles a Wembley. Lolo et Camille font la visite de l’avion, qui se remplit de sable. Qui n’a jamais rêvé de faire des pâtés de sable dans un avion ?

Le bonheur réside des ces petits moments de la vie
L’institutrice est là avec le directeur de l’école et quelques parents d’élèves. Tout le monde est ravi, nous les premiers. Armés de stylos, nous signons des autographes à tous ces enfants sur tout type de support : papier, casquette, livre, t-shirt et même sur les bras de certains. C’est l’euphorie. Nous ne comprenons pas ce qui nous arrive mais les enfants sont heureux et nous aussi. Nous leur montrons ensuite l’avion, le cockpit et on leur explique comment ça marche.
L’institutrice nous remet alors quelques cadeaux : la rose du Petit Prince, confectionnée par les enfants, un exemplaire du Petit Prince écrit en Arabe et un petit livre sur Laayoune et son école. Enfin, ils nous remettent une valise où ils ont préparé un musée itinérant sur leur culture que nous avons pour mission d’emmener à Essaouira via Dakar. C’était le deal de notre parrainage. Nous acceptions tous ces présents comme un immense honneur et nous leur disons un grand merci pour le moment inoubliable qu’ils viennent de nous offrir.

La valise d'expo itinérante
Pour l’anecdote, les enfants étaient tellement heureux de nous voir que nous avons probablement eu plus de câlins et signé plus d’autographes que notre parrain d’édition alors présent lui aussi sur les lieux. C’était de la folie. C’est pour ça que nous faisons ce Raid, pour raviver en nous mais aussi chez les autres, cet esprit euphorique de rêve que suscite l’aviation depuis toujours.

Photos de famille avec la classe de CM2 de l'école Paul Pascon de Laayoune et Azur6
Les enfants reprennent la route, nous redescendons tranquillement de notre nuage pour bientôt bondir sur un autre tout aussi incroyable. Une fois l’avion protégé du sable, nous filons vers le musée Antoine de Saint-Exupery entretenu par l’association « Les amis de Tarfaya » qui veille aux bonnes relations et à la commémoration de l’Aéropostale. Ce petit musée regorge de trésors dont une statue du Petit Prince offerte par le Raid Latécoère l’an dernier pour le centenaire du premier vol de PG. Latécoère.
Eddy et son pote Saint-Ex dans le musée de Tarfaya
Ensuite nous filons sur la plage où le traditionnel match de foot entre les participants du Raid et l’équipe locale de Tarfaya a lieu. Nous profitons de ce moment de convivialité pour savourer l’instant présent au bord de l’océan au coucher du soleil. En arrière plan, le fort de Cap Juby avec une stèle en forme de biplan comme pour rappeler la mémoire de ces pionniers passés ici à la croisée des lignes aériennes.
Azur 6 au pied du fort de Cap Juby, devant la stèle des pionniers
Un des membres du staff a dit : « les religieux ont la Mecque ou le Vatican, les pilotes ont Cap Juby. Ce lieu est très particulier car singulier et disposé sur un bord de mer au milieu de nulle part mais ayant une place stratégique lors des années postales. Les pilotes transitant de Casablanca jusqu’à Dakar n’avaient pas beaucoup d’escale sécurisé sur le trajet, seuls quelques endroits leur permettaient de se poser en toute sécurité. Tarfaya faisait partie de ces endroits. Mais au delà, ce petit fort espagnol servant de lieu de rassemblement de pilotes était mystique par son isolement. L’atmosphère y est légère et apaisante. Sur le sable on entend de très loin le bruit des vagues de l’océan et le vent marin apporte un peu de douceur au tableau. Et pour couronner le tout, le grand Antoine de Saint-Exupéry y a été chef d’aéroplace pendant plusieurs années. Son travail consistait à maintenir cette place forte sécurisée pour les pilotes et, le cas échéant, négocier avec les tribus Maures, qui capturaient les pilotes posés en raison de pannes, la rançon de la libération. La légende dit que c’est en ces murs que Saint-Ex aurait écrit certains de ses ouvrages et qu’il aurait eu l’inspiration pour le Petit Prince. Ce lieu est donc empli d’une grande histoire.

Le reste de la soirée se passera dans un bivouac monté et proposé par le gouverneur de la province de Tarfaya sous le haut patronage du Roi du Maroc, rien que ça. Nous sommes reçus comme des princes des milles et unes nuits. Nous n’oublierons décidément pas cette journée incroyable.

Fin de soirée en bivouac marocain



samedi 21 septembre 2019

Jour 4 : Objectif Casablanca !


Départ : Mutxamel LEMU (Espagne)
Escale : Almeria LEAM (Espagne)
Arrivée : Casablanca Tit Melil GMMT (Maroc)

Distance : 1000 km
Temps de vol : 5h30

Petit déjeuner à 7h30 départ vers le terrain à 8h15.

La caravane s’organise. L’objectif du jour est de partir de Muxamel pour aller directement à Casablanca. Pour ça nous devons passer par La Axarquia LEAX pour refueler et passer la douane. 


Nous avons eu un peu plus de temps pour préparer le vol. Nous sommes bien reposés. Nous avons l'intention de tenter de rejoindre Casablanca en 2 étapes, en une journée. 
Azur 6 à la lueur du jour
A 9h le terrain ouvre et l’avion ouvreur décolle. Le briefing départ débute. 


Le plan à suivre est une montée verticale 4500ft pour entrée dans la CTR d’Alicante avec qui le Raid a négocié le passage de la caravane. Ensuite nous devons descendre à 1000ft pour passer sous la CTR de Murcia avec clairance. Un vol de drone survolant la province ayant subi des inondations dernièrement nous empêche de monter plus haut. Nous veillerons ensuite la fréquence du Raid 130.0 à l’affût d’information sur l’intégration à l’arrivée.

Pour cela, on manœuvre les avions à la main pour l’approcher au bord de piste pour mise en route pour remonter la piste et enfin décollage.
Le plan étant d’aller loin et vite, on fait partir les plus lents en avance puis on organise les 2 autres vagues avec un espacement de 5 min pour réguler le trafic trop chaotique le 2ème jour à l’arrivée sur Mutxamel.
Azur6 prêt au départ de Mutxamel
Nous décollons dans les derniers, il est 11h à la rotation. La composition de l’équipage est comme à l’arrivée sur le site : Eddy pilote, Laurent copil/navigateur et Camille radio.
Une fois en vol, nous montons jusqu’au point d’entrée de la CTR en attente d’une clairance. Nous avons le feu vert, nous passons. Même scénario pour Murcia.


Comme précédemment, le plan ne résiste pas à la météo très perturbée du moment. 
Plus nous avançons vers la destination et plus les conditions se dégradent Nous devons descendre à 500ft par moment tout en gérant l’espacement à la radio. Nous écoutons attentivement les annonces de positions de notre prédécesseur et notre successeur. Nous arrivons à conserver les 5 min recommandées en réduisant par moment notre vitesse. Il nous est difficile de voir les autres avions étant donné la nébulosité. La visibilité est pourtant de 10km vers la côte, l’ensemble reste néanmoins chargé. 

L’inévitable arrive, nous n’irons pas à LEAX, nous déroutons tous à Almeria sur ordre du leader et chef pilote. Nous nous arrêtons alors à 30 min de notre destination. Les conditions sont légèrement meilleures proche du terrain d’Almeria. Nous nous posons sans problème après une intégration directe en vent arrière. L’atterrissage se déroule bien, Eddy pose l’avion sans souci après une longue finale. Une fois la vitesse contrôlée, nous dégageons la deuxième bretelle par la gauche où un véhicule équipé d’un panneau « follow me » nous ouvre la voie.
Le F-RG posé sur le parking du terrain d'Almeria
Cette étape, juste prévue pour remplir les réservoirs et attendre que le temps s' améliore, s' éternise. Les douaniers et les services aéroportuaires font un peu de zèle. Le départ vers Casablanca est retardé jusqu'aux dernières extrémités.
Après avoir fait le plein par le biais d'une petite camionnette équipée d’une cuve de quelques centaines de litres qu’il faut ravitailler entre deux avions, nous sommes emmenés dans le hall de l’aéroport au milieu des voyageurs classiques. Et nous restons ainsi pendant plusieurs heures avec très peu d’informations des autorités espagnoles. On tente de prévoir une route vers Casablanca mais le temps passe et nous rattrapons dangereusement la nuit aéronautique. Il était environ 13h quand nous avons coupé le moteur à Almeria et il est 17h quand nous redémarrons vers Casablanca. Une fois la douane passée, on nous ramène en camion près des avions et nous courons vers nos montures vague par vague façon escadrille de Mirage 2000 en alerte pour décoller dès que possible.
 Pour nous, simple amateur d’aviation, cette réactivité est nouvelle et nous devons composer avec. Partir « en vrac » sans plan de vol construit avec juste une carte et un GPS vieillissant, les 3 membres d’équipage doivent donner de leur personne pour la bonne conduite du vol. Les rôles sont d’autant plus important à tenir. Chacun a sa place et nous ne pouvons y arriver l’un sans l’autre. D’autant que plusieurs menaces claires sont identifiées. L’Espagne n'est pas très accueillante pour le vol VFR, la météo nous le confirme mais nous devons passer en Afrique pour en finir une bonne fois pour toute.
Camille met en œuvre l’aéronef pendant que Laurent discute avec le monde entier par radio alors que Eddy calcule la route à suivre vers Casablanca. La mécanique Azur 6 marche du tonnerre mais nous devons lutter pour y arriver de manière optimale dans une fonctionnement hors de notre zone de confort.
Nous suivons le trait de côte jusqu’au large de Gibraltar, nous n’avons pas l’autorisation de passer par le détroit pour limiter notre passage en mer, Camille doit prendre le cap vers Tetouan nous forçant à mettre la terre derrière nous et à viser l’immensité de la mer. Pendant quelques minutes nous flottons au dessus de l’eau sans voir ni terre ni mer. Il est probable que nous ressentons un peu ce que Mermoz a dû ressentir quand il a opéré ses traversées de l’Atlantique Sud. Le monde est à nous, nos voguons vers notre destin mais le stress d’une panne moteur reste présent dans nos esprits, indéniablement.
A l’approche des côtes maghrébines, les nuages se font plus épais et la visibilité reste correcte. Nous n’avons pas le plaisir de voir le détroit de Gilbratar. Peut-être au retour.
Au dessus du Maroc, le contrôle aérien redevient francophone et la tension de la journée s’apaise. Nous sommes en Afrique !

Le vol du matin vers Almeria s' est bien passé, malgré le déroutement imposé par la météo. Le vol du soir met en évidence le manque de préparation. Nous nous égarons quelques minutes en suivant un point GPS erroné rentré à la va-vite. Nous perdons un peu de temps mais revenons sur la trajectoire. Ensuite, l'estimée de départ pour Casablanca semble, après réactualisation, dangereusement proche de la nuit. Nous envisageons un moment de dérouter vers Rabat, assez proche. C' est à ce moment-là que nous sommes doublés par un avion très semblable au notre, et qui poursuit résolument sur Casablanca, suivis par d' autres animés des mêmes intentions. Nous forçons l' allure et décidons de tenter le coup : après tout, la première estimée semblait bonne et les autres y croient dur comme fer. 

Et ça marche. Le contrôleur de Casablanca nous a confié à la grâce de Dieu. Nous ne savons pas si c' est notre prière qui a marché ou la sienne, mais nous nous posons à Casablanca sensiblement à l' heure estimée, avec une marge raisonnable par rapport à la nuit. Le vol nous a lessivé. Nous avons bossé comme des brutes, sans prendre le temps de regarder dehors. Quelle tristesse. Enfin, nous sommes à Casablanca.
Paysage nord marocain
Azur 6 posé sur le tarmac de Tit Mellil
Le ravitaillement se fait à l’ancienne ici, un bidon, une pompe à main et un gros tuyau dans le réservoir, sans oublier la pince de masse bricolée. On est dans l’ambiance direct et il faut pomper !
Séance ravitaillement manuel pour Camille et Laurent
A la sortie du terrain, une table géante est dressée façon restaurant de luxe improvisé sur le parking d’entrée du terrain. C’est un cadeau du directeur de l’usine Latécoère de Casablanca. Merci à lui pour ce repas aussi insolite que luxueux. 


Petit resto insolite façon Latécoère
On prend la route vers l’hôtel où nous posons nos bagages sur les coups de 22h. Alors que nous pensons cette longue journée terminée, nous rencontrons Bertrand Piccard notre parrain de l’édition 2019, un peu après le repas. Il prends la parole lors du débriefing. Demain nous irons à Tarfaya mais d’abord il faut dormir, il est déjà 00h.

Jour 3 : Le Raid en Stand-By

Pas de timing pour le lever aujourd’hui. Tout le monde se lève un peu dans le flou et attend le nouveau briefing du Raid prévu pour le milieu de matinée. Que va-t-il advenir du voyage?

L'organisation nous laisse le choix.
La question de l’instant est plutôt : qui souhaite continuer le Raid aujourd’hui ?
Nous prenons une heure pour en parler entre nous et contacter nos familles. S' il apparaît clair que Azur 6 souhaite poursuivre l’aventure, nous ne voulons pas le faire au détriment de l'inquiétude de nos proches.

Après des échanges familiaux et entre nous, nous sommes encore plus soudés que jamais et avons confiance en nous pour continuer jusqu'à Dakar et retour. Nous informons l’organisation du Raid. Le prochain briefing se tiendra en début d'après-midi pour discuter du prochain départ.

Initialement nous avions prévu un départ en fin de journée le lundi pour rejoindre Malaga puis le Maroc le lendemain. La météo semble mitigée à Malaga, l’organisation ne souhaite prendre aucun risque, nous resterons au sol ce jour et envisageons un départ plutôt le lendemain matin.

Sur 30 équipages au départ de Toulouse, nous ne sommes plus que 22 avions à repartir en direction de Dakar. Certains ont décidé de rentrer en France, d’autres de prendre des vacances en Espagne.
Le Raid se scinde en 2 pour poursuivre l’aventure.

La caravane du Raid se remet en branle. Pas comme si de rien n'était. Plutôt comme un gamin qui remonte sur son vélo après être tombé : il sait qu'on peut se faire mal, le gamin, mais il a envie de faire du vélo. Alors, il serre les dents et remonte sur son vélo.

mardi 17 septembre 2019

Jour 2 : Castellon - Muxamel (Espagne)

Départ : Castellon LECN (Espagne)

Arrivée : Mutxamel LEMU (Espagne)







Terrain de Castellon, en bordure de route et de plage



Au réveil, la météo confirme nos craintes. Le petit déjeuner espagnol ne nous réconfortera pas. 
Nous avons briefé pour un vol avec du beau temps jusqu'à Grenade, la veille au soir. La météo ne tient pas ses promesses, et la situation se complique. Les avions rassemblés à Castellon ont des réserves d' essence variables, aucune n'excédant de quoi faire 2h30 de vol.
Les avions du Raid sur le terrain de Castellon
L' avion ouvreur essaye une route « mauvais temps » vers un terrain proche, au sud de Valence. Les autres avions attendent de ses nouvelles. Elles sont mauvaises : ça ne passe quasiment pas. Les nuages s' entassent au-dessus du relief et ne laissent que peu de place pour le VFR en sécurité. Nouveau changement de plan : les avions vont rejoindre Alicante par le transit côtier, directement pour ceux qui ont assez de carburant. Avec une étape à Valence pour les autres. La météo est meilleure là-bas. Nous posons de nouveaux plans de vol et commençons à attendre. Nous apprenons que les plans de vol sont bloqués et que l' attente va se prolonger. 
Eddy et Camille (la vraie musicienne) s'adonnent à la pratique du ukulélé pour faire passer les nuages

La météo ressemble assez à celle de la veille, à Castellon. Le vent forcit dans l'après midi, venant de la mer, tout chargé d' humidité. La visibilité et le plafond s'en ressentent. 
La caravane du raid s'ébranle finalement vers 14h00. Les plus rapides partent devant et font savoir que la visibilité est correcte devant nous, mais que le plafond est à 500ft. Au dessus de la mer, ça n' est pas enthousiasmant, mais ça se tente.
Gilets de sauvetage, transit côtier oblige
Le tour d' Azur6 arrive. Décollage sur frein en limitation pour Eddy. La piste fait un peu moins de 700 m, mais il ne fait pas trop chaud, il y a du vent, et, si les avions ont soif, au moins, ils sont plus légers. Décollage impeccable et cap au sud vers Valence et Alicante. La visibilité est correcte. Nous volons à 1000ft en suivant le rivage. Jusqu'au sud de Valence, la situation n'est pas trop inconfortable. Les nouvelles des avions précédents confirment que nous pouvons poursuivre, malgré la baisse du plafond. Nous sommes à 400ft. Nous doublons un cap : le phare est visible, le sommet du relief au bout duquel est planté le phare disparaît dans les nuages. Ensuite, comme prévu, la situation météo s'améliore. Nous allons pouvoir nous poser à Mutxamel, près d' Alicante. Les opérations nous ont demandé de contacter Valence Approche pour nous identifier isolément. Nous montons pour établir le contact. Code transpondeur dans la boîte. L'arrivée sur le terrain, comme hier est assez compliquée. La piste est déjà là, avec un avion qui vire vers nous, peut-être en remise de gaz. On vire pour s' en éloigner, et nous nous retrouvons verticale, à l'altitude du tour de piste. Première approche ratée. Trop haut, trop vite. On remet les gaz. Nous n' avons pas encore  l'avion complétement en main. Deuxième approche. Presque la même. On pose l' avion proprement. Nous faisons le plein, et parquons l'avion. Les conditions étaient difficiles et la routine de l' équipage a été bousculée par tous ces changements. Nous ferons mieux demain.

Malheureusement, les journées qui commencent mal finissent souvent mal également. Nous rentrons à l' hôtel. Douche, détente, avant le briefing du soir.
Et là, le drame : un avion et deux pilotes manquent à l' appel. Ils sont portés disparus.  Nous discutons beaucoup, pour nous réchauffer après cette douche froide. C'est un loisir risqué, même si aucun pilote n' y pense en le pratiquant.

lundi 16 septembre 2019

AZUR 6 rejoint le départ à Toulouse


Jour 0 : Le début de l'aventure AZUR 6

Voilà un an que nous en parlions, ça y est : l'équipage Azur 6 est sur le départ pour Dakar. En guise de hors d' œuvre, il faut rejoindre Troyes en train via Paris pour Eddy et Laurent. Camille est déjà sur place, pour positionner l'avion sur l'aérodrome de Troyes et faire le plein d'essence, la piste de Bar-sur-Seine étant moins propice au départ car un peu en pente et il n'y a pas d'essence sur le terrain. Le plan se déroule sans accroc. Eddy et Laurent traversent la capitale à l' heure de pointe au milieu d' un joyeux désordre causé par un accident, et arrivent en avance. La gare de Lyon est passée en trombe, à peine le temps de voir le ciel. La Bastille : même pas le temps de remarquer qu'un fleuve coule à Paris. La République, sous terre, dans des wagons pleins qui se remplissaient encore à chaque station. Eddy s' incruste dans la barre centrale. Nos bagages nous créent une petite poche au milieu de la foule des jours de galère. La grève est prévue le lendemain, mais c' est déjà la guerre. On croise une jeune femme qui transporte des morceaux de bois dans un sac à l' épaule, planche, tasseaux…ça frôle les yeux, ça manque de se coincer dans la porte. Lolo, plus discret, balance son sac à dos rempli de gilets garnis de couteaux et de lances-fusées dans le museau de ses voisins pas méfiants. Mais pas rancuniers non plus. Nous sommes éjectés à la gare de l'Est, avec assez d' élan pour arriver sur le quai des grandes lignes sans quasiment toucher terre. Un coup d' œil à l' affichage, le train déhotte dans 3 minutes pour Troyes sur le quai le plus éloigné. Ce n' est pas le train prévu, le bon est dans une demi-heure. Mais Lolo est repassé en mode parigot total : au pas de charge, les deux voyageurs sautent dans le premier wagon, lancent leurs bagages dans les filets, s' assoient, et le train démarre. La traversée de Paris en 40’. 
Lolo euphorique lors de son voyage vers Troyes. On dirait Bibi Fricotin...

Pendant ce temps-là, Camille est en train de convoyer l'avion de Bar-sur-Seine à Troyes, pour pouvoir faire le plein, profiter d' une longue piste en dur bien plate pour un décollage à la masse max, et c' est plus prêt de chez elle. Elle en profite pour essayer la radio portative ajoutée la veille : ça marche plutôt pas mal. Les efforts du week-end précédent ont payé. L' équipage Azur 6 va partir avec 2 radios, dont une à la dernière mode. L' aventure ne sera pas contrariée par ce détail. Eddy découvre l' avion pour la première fois. Il est rutilant (l'avion, pas Eddy). Il sort de visite (l' avion, pas Eddy). D'après Camille, il démarre au quart de tour (Eddy ? Non, l'avion…). L' avion est garé dans le hangar du club de planeur de Troyes, dans lequel vole Camille. 
F-PJRG nous attends gentiment dans son hangar avant le grand départ


Nous faisons la connaissance d'un instructeur planeur qui rentre chez lui, la journée finie. Nous mangeons dans un joyeux chahut chez Camille, le cœur léger. Nous sommes réunis, l' avion est prêt, le départ est imminent et les obstacles derrière nous. Nous disons au revoir à ceux et celles que nous ne verrons pas le lendemain. Ensuite, revue des bagages, pesée. Nous avons beaucoup de bagages, mais la présence des deux crevettes de l'équipage nous maintient résolument sous la masse max. Moyennant de caser tout ça dans l' avion, nous pourrons décoller, et même monter… Presque minuit. Allez, dodo.
Notre quantité de bagages au pied de l'avion

Demain, c' est le grand jour. Maintenant, ce serait bien qu'il fasse beau. Les prévisions ne sont pas pessimistes. Coucher de soleil de western à Troyes, et pleine lune façon Appolo. Peut-être un peu de brume matinale…
La brume matinale n' a pas l' air si hostile. Le temps de se préparer. Cavok à St Yan à 8h00. Je le note pour l' Histoire. Ça n' arrive jamais. Idem à Avord. Personne va nous croire. 9h00, il fait gris, mais avec du plafond et de la visi.
Le raid Latécoère commence par un séance de travaux pratiques sur le RG. Découpe des autocollants de nos soutiens. On s' applique, on nettoie, on colle. A la fin, c' est assez joli. Ça a tenu au moins jusqu'à Toulouse, mais il a fait beau. La grisaille s' arrêtait à Avallon. Les bagages sont rangés dans l' avion. Le résultat se situe à mi-chemin entre un camion de glace et une roulotte de gitan. Mais c' est joli.

Laurent et Camille en train de coller les autocollants de nos partenaires sur le fuselage

Finalement, l' avion est roulé devant le hangar gentiment prêté par le club de planeur de Troyes. Eddy immortalise l' événement façon Orson Wells dans la "soif du mal" : grue, travelling, plan séquence, tout. 20 minutes après, nous sommes en l' air. Il fait encore assez gris, mais pas assez pour empêcher Camille de faire un petit passage à la hauteur de le remise de gaz. Un battement d'ailes pour la famille et les amis, et en route.
Laurent vérifie la symétrie de la décoration de l'avion, l'âme du mécanicien resurgit
L'équipage AZUR6 prêt au départ vers Toulouse- Francazal


Pour la première étape, il nous faut rejoindre Toulouse. Camille connaît bien l'avion et le coin du départ. Eddy vient juste d'être breveté. Lolo a volé 3 fois sur la machine. Logiquement, c'est Camille qui commence. Eddy fera la deuxième branche et Lolo la troisième. Nous avions maquillé un plan il y a plusieurs semaines. Nous allons pouvoir le mettre en œuvre. Changement d' équipage à Moulins. Eddy monte en selle pour quelques tours de piste, histoire de prendre l' avion en main. Puis, départ vers Aurillac. Le pilotage n’est effectivement pas très différent d’un DR400 classique à quelques détails près comme la disposition des instruments sur le tableau de bord, le frein à main et non au pieds et les volets électriques pour ne citer que ça. Nous avons la chance de passer le Fuji Bougnat sous une tempête de ciel bleu. ‘tite photo, évidemment. La chaîne des Puys, itou. Lolo prend le temps d'immortaliser le moment avec son bigophone de compet'.


Laurent se présente en finale du terrain de Francazal LFBF
L'avion AZUR6 au pied de la Tour de Francazal pour ravitaillement
Après un total de presque 4h de vol (avec 2 escales), nous rejoignons Francazal où le comité d'accueil du Raid nous attend pour nous remettre le paquetage officiel, à savoir 1 combinaison, 2 t-shirts, 2 casquettes et des goodies. On nous remet également la balise de détresse GPS permettant à chaque participant d’être localisé. À l’issue, un film inédit de l’édition 2018 est projeté sur les portes du hangar avant de faire le briefing d’arrivée du Raid Latecoère 2019. 30 avions pour une petite centaine de personnes, ça demande de l’organisation.  
Accueil des participants au Raid Latécoère 2019 dans le hangar de Francazal, en jaune les participants, en orange le staff

Après le briefing, on nous emmène en bus à l’Envol des pionniers, musée situé sur les anciennes installations de Latécoère au moment du lancement de la Ligne du même nom à Montaudran. On nous accueille par un petit discours de bienvenue, une visite gratuite libre du musée où se trouve un Salmson 2A2 (avion du premier vol historique en décembre 1918), une conférence racontant l’histoire de la Ligne et enfin un cocktail dînatoire offert par les sponsors du Raid. 
L'entrée de l'envol des pionniers

Une maquette de la Croix du Sud de Mermoz

Reconstitution d'un briefing façon Aéropostale de l'époque

Laurent et Camille devant un Salmson 2A2 sensiblement identique à celui du premier vol de Latécoère en 1918

Nous rentrons tard à l’hôtel où nous devons déposer le plan de vol pour le lendemain et regarder la carte pour avoir en tête le tracé. Car oui, nous avons un GPS, mais en avion mieux vaut savoir où l’on va et à quoi ça ressemble en avance de phase. 

Revue du vol du lendemain pour dépôt du plan de vol vers l'Espagne


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Un peu de douceur dans un monde de brute : un ukulélé dans le coffre



L’aviation, ça génère chez certains une passion brûlante, sans aucun doute. Mais la passion ne les aveugle pas au point de masquer que l’aviation obéit à des lois totalement impitoyables : les ailes sont faites pour soulever une masse limitée et les moteurs ne délivrent pas non plus une puissance infinie. Pour l’aviation légère, ces lois déterminent un domaine d’utilisation inconfortablement réduit : des passagers un peu corpulents, avec des bagages ? Est-ce que je peux emmener assez d’essence pour aller à destination et espérer décoller ? Il fait chaud à la montagne aujourd’hui ? Est-ce que le moteur va me donner assez de puissance pour pouvoir décoller ? 
Et malgré une puissance limitée, les moteurs d’aviation légère sont bruyants.

Tout ça pour dire que pour l’équipage Azur 6, comme pour les autres équipages participants au raid Latécoère, emmener des bagages non directement liés à l’accomplissement du voyage relève du défi. Emmener un instrument de musique relève carrément de l’absurde. 

Mais un défi, c’est fait pour être relevé, et l’absurde, c’est fait pour rigoler. Alors, Azur 6 va emmener un ukulélé…Une guitare de poupée pour un avion en papier. 

Si nous croisons un gamin tout blond qui nous demande de lui dessiner un mouton…Nous luis dirons que nous ne valons pas un clou pour dessiner, et qu’à la place, il aura une chanson.

A la base de la blague : Camille joue de la guitare. C’est un peu encombrant pour l’avion d’Azur6, elle reçoit un ukulélé en cadeau pour son anniversaire. Heureusement, diront certains, qu’elle ne jouait pas de l’orgue : nous aurions eu l’air malin à trimbaler un accordéon dans le Sahara.

 
4 cordes, 0.6 kg



samedi 14 septembre 2019

Jour 1 : Toulouse - Castellón


Départ : Toulouse Francazal LFBF
Arrivée : Castellón LECN (Espagne)

3h de vol et plus de 600 km parcourus

Debout 6h30 pour une sortie de la chambre à 7h30 pour le petit-dej. Le bus de départ vers l’aérodrome de Francazal part à 8h, nous avons donc 30 min pour manger ce qui nous va bien. Le soucis, c’est que tout le monde a dû faire ce calcul. Du coup, on se retrouve à 30 équipages à manger en même temps dans la salle de réception du petit hotel où nous logeons. Ça va le faire.
8h et des poussières, nous partons de l'hôtel pour rejoindre le terrain et nos machines. La météo n’est pas très favorable ce matin. Le ciel est couvert et la pluie menace. C’est le jour de départ officiel donc la photo officielle se fait ce matin. Donc, tout le monde en combinaison bleue du Raid Latécoère.
Nous rejoignons l’avion Azur6 pour enfiler nos belles tenues, puis j’en profite avec Laurent pour remettre un coup d’air les pneus du train principal. Pour cela, il nous faut démonter les carénages du train, ce qui nous prends un bon quart d’heure. Comme il fallait s'y attendre, lolo est à quatre pattes sous l' avion à démonter les carénages de roues pour accéder à la valve. La combinaison est restée propre 30".
Camille prend donc de l’avance pour rejoindre le groupe et assister au début de briefing de départ. Nos belles combinaisons sont baptisées. Laurent est ravi d’avoir tâché sa combinaison lors d’une action mécanique classique. Nous pouvons repartir l’esprit tranquille.

Lors du briefing, le plan de vol nous propose soit d’aller directement au terrain de Castellon (au nord de Valence, en Espagne) soit de faire un passage par Perpignan avant de tirer tout droit jusqu'à Castellon. Notre autonomie carburant nous permet de relier les 310 Nm vers Castellon en direct. Nous sommes découpés en 3 vagues : les rapides avec l’avion ouvreur, les moyens rapides et les lents. Nous ferons parti de la 2eme vagues, la Bravo. Petite attention particulière, nous sommes deux « F-RG » dans la vague Bravo. Il faut rester vigilent et l’organisation du Raid devra apprendre à nous différencier à la radio, nous sommes « F-JRG » et l’autre sera « F-ARG » … du moins c’est ce que l’on aimerait entendre. La vigilance sera de mise car la piste de Castellon est courte (576m à l'atterrissage) alors que les performances demandent une distance d’atterrissage de 535m à la masse maximale. Autant dire qu’il faut être précis. La composition de notre équipage pour cette première portion sera : Camille CDB, Laurent Copil/Nav, Eddy Radio/Carbu.

Il est 11h quand la caravane des 30 avions se met en route, 11h20 quand notre F-JRG roule au point d’attente. Pour fluidifier le traffic, le responsable parking demande aux avions de faire les essais moteurs à l’entrée du parking pour permettre un retour si problème aux essais moteurs. L’objectif reste clairement de fluidifier le trafic. 30 avions à déplacer, ça prend du temps et c’est une logistique incroyable. A 11h30 nous décollons en direction de l’Espagne.


Il fait un temps magnifique sur les Pyrénées. Lolo se mue en cicerone : On arrive au pays des ours bruns. Le terrain de Puivert, le château de Puylaurens, et Le Vivier, au bout de l'aile, sans s' éloigner de la route : Le tourisme y perd, mais le raid nous transforme déjà en vieux routiers de la ligne, alors on reste sur le trait. Nous voilà en Espagne. Le relief redescend et la végétation s' assèche. Les oliviers remplacent les chênes verts.


Une fois en vol, la mécanique de l’équipage se met en route. Notre équipement et le dispositif du Raid nous pousse à fonctionner en équipe comme à l’époque de Mermoz. Ce dernier disait d'ailleurs que le secret de la réussite de ses exploits sur la Ligne était l’alliance parfaite entre pilote, radio et navigateur à bord. Étrangement, nous nous retrouvons dans cette situation à bord. L'organisation nous demande de garder une oreille sur la fréquence du Raid (130.0) en parallèle des contacts espagnols à entreprendre en fonction des espaces aériens traversés. Nous n’avons qu’une radio à bord, heureusement Camille a pensé à emmener une radio portative pour des histoires de réglementation des fréquences radios en 8.33kHz. Cette seconde radio devient l’instrument du radio (moi) pendant le vol. Laurent gérera la Navigation précise à suivre selon le plan de vol déposé la veille pour arranger les autorités espagnoles qui ne sont guère enchantées à l'idée de voir passer une caravane de 30"avions traverser leurs espaces aériens. Pendant ce temps, Camille s’attelle à piloter l’avion selon le cap et l’altitude à conserver sur cette route. Le vol en troupeau ne s’improvise pas, libérer de la charge de travail à Camille pour lui laisser plein contrôle de la machine et le visuel sur les avions alentour, n’est pas superflu. Et pour cause, notre caravane se sépare en 3, une partie se déroute à Lezignan pour rencontrer des enfants français, une autre partie passe par Perpignan pour refueler et notre partie part directement vers Castellon. 

Les 3h de vol passent très vite, la conversation est copieuse sur 130.0, il faut trier les infos et les transmettre au pilote et copilote. Le seul problème c'est que nous ne pouvons pas nous connecter à la fois à la radio portative et au téléphone de bord. On la joue à l’ancienne. Je tape sur l’épaule de Laurent quand j'ai une info importante qu.'il s’empresse de transmettre à Camille si besoin. Je m'efforce à noter les heures de changement de réservoir afin de calculer de manière aussi précise que possible la quantité de carburant restant dans nos réservoirs à notre arrivée à Castellon. Nous repartirons le lendemain sans refueler. Il est donc impératif de savoir combien il nous restera de carburant et où il se situe dans l’avion pour le centrage. Tout cela, pendant que devant, Camille et Laurent veillent sur le trafic visuel et à la radio (en espagnol et anglais svp!).Nous finirons par nous faire rattraper par le leader de la vague Charlie, notre avion n'étant pas aussi rapide que prévu. Pas de panique, un coup d'oeil, une coucou à la radio et il nous dépasse gentiment par la droite. Il nous prend en photos alors que je l’attrape dans ma caméra. Nous nous échangerons nos cadeaux le soir venu.



Nous passons une dernière chaîne de montagnes et c' est la Méditerranée devant nous. Plage de sable blanc et mer turquoise. Avec des vagues dedans et des véliplanchistes dessus. Il y a pas mal de vent.

Arrivée à Castellon, le vent menace sans que nous nous en apercevons. L’organisation nous demande d'éviter la verticale terrain et de nous intégrer directement en vent arrière. Nous ne pouvons pas observer la manche à air. Nous savons que la piste de Castellon est limitative et qu’il existe un seuil décalé. Nous allons vite découvrir pourquoi. Alors qu’en fin de vent arrière un trafic précédemment difficile à percevoir entame son dernier virage, nous entamons un 360 d’attente pour reprendre un dernier virage et une finale correcte. Nous nous présentons en finale en correction de dérive, synonyme de vent de travers. Une fois au dessus de l’entrée de piste au niveau du seuil décalé, un fort rabattant tente de nous plaquer au sol nous forçant à une correction réflexe de puissance qui nous permet de rattraper le coup. Merci à la force de Jedi de Lolo pour le coup. Voilà la raison du seuil décalé : une rangée d’arbre travers du bout de piste 36 que nous prenons perturbe l'approche finale. L’atterrissage se déroule bien pour nous, ce n’est pas le cas pour tout le monde.

Alors que nous amarrons solidement l’avion au sol par au moins 20kt avec rafale vers 25kt, un SR22 de notre caravane se présente en finale,se fait également surprendre par le rabattant mais n’a pas le réflexe au bon moment. L’avion pique un peu trop, l’hélice touche le sol, l’avion s’incline légèrement et l’aile gauche touche le sol avant de se restabiliser et de s’immobiliser sur la piste. Nous courons vers l’avion les aider. Plus de peur que de mal, l'hélice en carbone a absorbé le frottement mais le tube pitot sous l’aile gauche n’a pas résisté. L’avion est inutilisable en l'état, le dépannage sur place n’est pas possible. En ce premier soir, nous perdons déjà un équipage heureusement sain et sauf.
Un peu de temps libre à l'hôtel nous permet de remplir les papiers de l’avion et de roupiller quelques minutes après une bonne douche. Le briefing étape à 19h donne les News du jour et du lendemain pour le départ. La météo incertaine nous force à envisager différents plans pour le lendemain. Dans ce cas de figure, deux itinéraires sont envisagés : un beau temps et un mauvais temps, ça ne s’invente pas. On part gagnant sur le beau temps pour déposer notre plan de vol mais la météo nous annonce menteur. On verra bien.
Une petite démo de gestes qui sauvent faite par un toubib présent dans la caravane conclue cette soirée avant le repas qui nous emmènera au lit. Il est déjà 23h30.