vendredi 27 septembre 2019

Jour 8 et 9 : Dakar et Saint-Louis du Sénégal

Lolo ravi de sa journée de repos
Pour la journée de repos, c’est lessive, rédaction du journal de bord et visite de l'île de Gorée. Il fait très chaud et humide mais c'est un lieu très intéressant à visiter, ne serait-ce que part son histoire.

Marrant : l'embarcadère pour la navette maritime se trouve à côté de la gare de Dakar, et la gare de Dakar fait penser à celle de Vichy. C’est très surfait, l’exotisme. Le bateau nous emmène à Gorée en une petite demi-heure.
Laurent, Camille et Eddy sur l'île de Gorée
La visite guidée laisse des impressions contradictoire. C’est une île sur laquelle poussent des baobabs assez remarquables. Mais ce fût également le point de départ du commerce des esclaves, avec des « captiveries » à tous les coins de rue. L'île a également constitué une forteresse pendant la dernière guerre. C’est aussi un marché de souvenirs et d’artisanat très actif. Tout cela sur une bande de terre de 900 m par 300 m. 




Sur l'île de Gorée
Nous visitons la maison des esclaves, et une bibliothèque, que le raid finance. De belles choses au sommet d’une histoire  terrible. Il est important de se rappeler également cette partie de l'Histoire et la visite organisée par le raid en est l'occasion. La ligne Aéropostale c'est aussi ça, une ligne aérienne chargée d'histoire suivant les pays et lieux qu'elle traverse.

Après la visite de l'île, retour à l'hôtel pour préparer la suite.

Toute l'équipe du Raid Latécoère 2019 à la maison des esclaves
Départ de Dakar le matin, sous un ciel lourd d’orages. L'équipage se sépare : Lolo tâche de régler cette histoire d’huile qui nous gêne comme un caillou dans la chaussure. Camille et Eddy préparent l’avion pour le départ. Lolo achète 8L d’huile, mais ce n’est pas encore exactement la même que celle que le moteur digère d’habitude. Celle-là, c’est de l’huile des pays chauds. Nous ne savons toujours pas si nous allons oser l’utiliser. Nous ne trouvons personne pour nous affirmer que c’est possible. Ou impossible. Nous faisons appel à nos amis en France. Nous avons de quoi aller jusqu'à Nouadhibou. Après, il faudra mélanger. Nos amis nous conseillent de le faire en prenant des précautions : bien faire chauffer le moteur avant d’augmenter le régime. Surveiller la pression d’huile, et la consommation d’huile. En tout cas, nous avons assez d’huile pour rentrer, et moyennant d’avoir des températures moteur élevées, et en Afrique ce n’est pas si rare, le moteur sera bien lubrifié.

Nous retournons à l’embouchure du fleuve Sénégal. Il fait encore plus chaud qu’à Dakar à l'arrivée. Nous avons la consigne de ne pas doubler pendant le transit de Dakar à Saint Louis. Le contrôleur de Dakar a de toute façon intercalé un départ IFR entre notre prédécesseur et nous. Par contre, les avions qui nous suivent sont trop proches et doivent ralentir. La prise de terrain se passe dans l’ordre. Le reste de la journée est libre pour un repos réparateur.

mercredi 25 septembre 2019

Jour 7 : l'arrivée à Dakar

Départ : Nouadhibou GQPP (Mauritanie)
Escale : Saint Louis GOOS (Sénégal)
Arrivée : Dakar GOOY (Sénégal)

Distance : 800 km
Temps de vol :4h30


Le jour se lève sur Nouadhibou mais cela fait déjà un petit moment que nous avons les yeux ouverts.
Nous prenons le petit déjeuner assis en rond sur le tapis. Étape saharienne oblige, on se met à la mode orientale. Nous arrivons à Dakar ce soir, nous avons le cœur léger.

Au retour sur le terrain, nous débâchons l’avion, retirons les mousses de protection d’entrée d’air et libérons les caches des sondes pitot et statiques. Le sable est bien réparti tout autour des protections, nous avons eu raison d'en prévoir plusieurs couches. Le sable est un ennemi redoutable pour l’avion. Dans le moteur, il fait du dégât, et dans les prises d'air, il bouche les conduits, faussant les indications d’altitude et de vitesse. Sur le pare-brise, si on n’y fait pas attention et que l’on passe un coup de chiffon banal, on peut rayer le plexiglas de la verrière et réduire la visibilité. Il faut donc être vigilant.


Azur 6 prêt au départ en Mauritanie
Depuis le sud du Maroc et la Mauritanie, nous avons toujours eu un peu de vent, ce qui nous permet de ne pas cuire sous le soleil du Sahara. C’est toujours le cas aujourd’hui. La caravane se remet en route doucement, nous laissant le temps de monter à la tour nous faire tamponner notre carnet de vol. Nous avons à présent le tampon de Casablanca, de Tarfaya et de Nouadhibou. Le prochain sera Dakar à coup sûr. Les gens ici sont vêtus avec la toge traditionnelle des nomades du désert avec le chèche autour du visage ou un chapeau. C’est différent de notre culture mais ça nous rappelle que nous avons fait du chemin. Discuter avec ces gens ayant une notion du temps différente de la nôtre est très enrichissant.

Nous reprenons la route vers Dakar, Eddy en commandant de bord. 4h30 de vol nous attendent pour rejoindre notre destination du jour. Sur le chemin, nous ne bénéficions plus de vent favorable, nous entrons dans un vent de sable qui perturbe notre champ de vision et qui rend au désert ce qui est au désert. Cela ne va pas faire du bien à notre moteur. 

Le vent de sable, pas très accueillant...
Très peu d’espaces aériens ou zones limitent notre altitude, chaque équipage tente donc une stratégie différente en vol pour éviter les affres du plein soleil convergeant sur la verrière sans ombre et tenter de trouver un courant d’air favorable. Certains montent à 4500ft, d’autres 3000ft et d’autres encore tente 2000ft mais rien n’y fait. Nous ne sommes pas aidés. Pour notre part, nous avons choisi de voler à basse altitude vers 1000ft. 
Vol basse altitude en vent de sable
Certes il fait chaud, certes le moteur aspire beaucoup de sable mais nous avons un bon visuel sur le sol et il est plus facile de lever les yeux vers le ciel pour trouver les copains que de se chercher dans l’espace si on se retrouve en plein dans le nuage de sable. Et puis, nous finissons par trouver un léger vent favorable nous faisant gagner 10kt par moment. Habituellement, nous croisons à 115kt, aujourd’hui avec la chaleur nous avons plutôt une vitesse de l’ordre de 100kt voir 105-110 par moment grâce au coup de pouce de vent. Le vol est parfaitement rectiligne. Nous cherchons à maintenir la vitesse sol. Petites corrections, pilotage de planeur. C’est fatiguant, mais ça paie. Les calculs donnent des résultats favorables pour la destination, Dakar. Nous avons mis Saint Louis en déroutement sur le plan de vol. C’est de la triche : nous nous arrêterons de toute façon, pour boire frais et satisfaire à nos besoins naturels.

La température monte. Le plan tient pour la destination. Le vol se transforme en course d’endurance. Les 3 membres d'équipage surveillent les signaux envoyés par leur corps : soif, chaleur, faim, digestion…
Pas de souci de pose pipi, par contre nous devons boire, beaucoup. Nous perdons plus d’eau que nous n’en consommons. Ce sont les aléas du vol dans le désert.

Ce serait mentir que de vous dire que nous avons eu un vol merveilleux avec un défilé de paysages magnifiques ... nous étions plutôt dans l’ordre du dépassement de soi et de la concentration.

Cela fait plusieurs jours que nous faisons 5h de vol par jour, avec la préparation amont et les briefings ainsi que les rencontres, les journées sont longues et la fatigue s'accumule et se fait clairement ressentir. Mais, dans de telles conditions, il est important de faire un des exercices les plus exigeants, le vol en palier à vitesse constante par visibilité réduite et conditions difficiles. Ce n’est pas facile, surtout pour Eddy qui débute dans le métier, mais il est venu pour ça. Sortir de sa zone de confort pour apprendre et découvrir, ça fait partie des objectifs de ce Raid aérien. Et bien ça tombe bien, c’est maintenant.

Comme prévu, nous ne voyons pas la frontière invisible qui marque le passage du désert à la savane, à l’approche du fleuve Sénégal. Le cerveau met du temps à comprendre qu’il y a de nouveaux des arbres et de l’herbe. Nous passons au-dessus de villages de pêcheurs, le long de la plage, avec des cocotiers. Après 1500 km de sable désertique, nous ne pouvons plus nous en passer. 3h30 plus tard, nous décidons de dérouter sur le terrain de Saint-Louis du Sénégal pour des raisons de confort et historiques. Saint Louis est en vue, nous arrivons au bout de la Ligne. L'aérodrome est contrôlé, nous en profitons pour faire une longue finale opérationnelle. Un peu de frime, nous arrivons dans un bled qui a vu passer des pilotes prestigieux après tout.



Eddy procède à l'atterrissage sur le terrain de Saint-Louis du Sénégal
Il est prévu d’y revenir dans 2 jours, mais l’idée d’aller se poser sur le terrain de départ des grandes traversées de l’Atlantique de Mermoz est irrésistible. Et au passage, on est heureux de sortir s’aérer quelques instants. Enfin, s’aérer est un grand mot, nous sommes de plus en plus près de l’équateur et le climat tropical nous a rattrapé. A l’ouverture de la verrière nous avons une claque de chaleur et d’humidité qui vient nous saluer. Bienvenue au Sénégal !
Notre avion sur le terrain de Saint-Louis
Après quelques minutes de répit, nous repartons vers Dakar. La ville de Saint-Louis et les plages de Dakar sont magnifiques mais nous ne nous éternisons pas, nous y repasserons dans quelques jours plus longuement.

A l’approche de Dakar, l’énorme statue de la Renaissance nous salue et nous nous posons sur l’aéroport international de Léopold Sedar Senghor.

Lolo s’est posé a Tarfaya, Eddy à Saint Louis, Camille à Dakar : tout l’équipage Azur 6 s’est badigeonné de légende.
La statue de la renaissance de Dakar
Pour l’anecdote, le contrôleur aérien nous a demandé de nous presser un peu dans le tour de piste sans aucune raison visible à première vue. Au sol, nous voyons l’avion présidentiel derrière nous. Nous comprenons que nous devions dégager le passage pour Monsieur le Président de la République du Sénégal. Un honneur.

A l'arrivée à Dakar, Eddy a monté un plan pour aller porter la bonne parole des études supérieures, dans un lycée de Dakar. Le prof qui vient nous chercher ne peut s'empêcher de rire quand il nous voit débarquer à 2, alors qu’il est venu avec un bus de 60 personnes. On traverse Dakar à 8 dans un énorme bus, alors que nous croisons des tas de gens entassés dans des petits bus qui ressemblent à la voiture de Bob Marley. Tiens, une stèle à la mémoire de Jean Mermoz. Il y a carrément un quartier qui porte son nom. Difficile d’échapper au raid Latécoère.


Stèle de Mermoz sur un rond point dans le quartier du même nom
Notre contact sur place est M. Simon Goudiaby qui est le responsable des classes préparatoires aux grandes écoles de l’école Sacrée Cœur de Dakar. Notre présence est une initiative Azur 6. L’école Sacrée Cœur est un réservoir de talents sénégalais qui envoie leurs élèves passer leur diplôme d’ingénieur en France. Soit du côté dans La Rochelle ou en Normandie grâce à des accords. L'école d'ingénieurs qui nous concerne est l’ESIGELEC de Rouen. Eddy en est sorti diplômé en 2015 après 3 ans d’études. L’idée de cette rencontre est de créer là aussi un lien entre les étudiants de Rouen et ceux de Dakar qui sont amenés à se retrouver à l’ESIGELEC, le moment venu. Le temps nous manque mais nous allons tout de même dans l’école de Simon.
L'école Sacrée Coeur de Dakar
Dans un amphithéâtre rempli d’une cinquantaine d’étudiants en classe préparatoires, nous sommes attendus sur scène assis à la table, façon conférence de presse. Après les présentations, l’échange débute. Eddy a prévu une présentation de l’école avec des photos et des vidéos malheureusement nous n’aurons pas le temps de les montrer. Nous improvisons un dialogue. L’idée est de raconter comment et pourquoi nous sommes devant eux aujourd’hui et leur parler de leur potentiel futur à l’ESIGELEC. Quelques questions sont posées sur le parcours d’Eddy : est-ce possible de faire pilote et ingénieur ? Qu’est-ce que c’est vraiment un ingénieur ? Est-ce que ça paie bien ? Quelles sont les débouchés ?
La réalité est qu’ils ne font que de la théorie. Pas de pratique car pas de matériel. Ils passent donc des sélections à la fin de leur scolarité pour intégrer l’école. Ensuite, ils sont envoyés dans un pays qu’ils ne connaissent pas dans un environnement différent pour étudier des domaines qu’ils n’ont vus que sur le papier. Et malgré tout, ils arrivent à l’école et ils réussissent leur parcours. L’histoire est prodigieuse. Il est donc tout naturel de les intégrer à la famille ESIGELEC le plus tôt possible et leur parler de ce qui les attend pour les motiver et les rassurer. Leur action est une forme de courage.
L'amphithéâtre où nous avons pu rencontrer les jeunes

Le directeur de l'école, Azur 6, et le responsable de filière M.Goudiaby
Les étudiants semblent ravis de l’entrevue et ils viennent nous saluer à la fin de la présentation avec le plus grand des respect, ce qui ne manque pas de nous toucher. Nous terminons notre visite par un petit tour dans l’école pour observer les installations. Il faut aller raconter et montrer tout ça aux étudiants de l’ESIGELEC pour qu’ils soient conscients de la chance qu’ils ont d’avoir un tel mélange de cultures dans une école.
Simon Goudiaby posant fièrement devant sa classe prépa

Une rencontre au sommet dans son bureau

La salle de classe des prépas
Après ça, nous sommes raccompagnés en taxi par Simon Goudiaby qui nous emmène à l’ambassade française pour une réception donnée en l’honneur du Raid.
Pourris, en combinaison. C'était à parier. Les autres nous rejoignent. On passe la soirée à admirer la baie sur l’escalier monumental, en mâchouillant des petits fours et en discutant avec des cadets de l'armée de l’air sénégalaise. Nous sommes crevés, crasseux, mais très heureux d'être là.
Accueil du Raid à l'ambassade de France au Sénégal
Pour certains, c’est la fin du voyage, pour d’autres, c’est le début du retour. Nous avons une pensée pour les deux d’entre nous qui n’arriveront jamais.



dimanche 22 septembre 2019

Jour 6 : Tarfaya (Maroc) - Nouadhibou (Mauritanie)

Départ : Tarfaya GMAF (Maroc)
Escales : Laayoune GMML (Maroc) et Dakhla GMMH (Maroc)
Arrivée : Nouadhibou GQPP (Mauritanie)

Distance :1000 km
Temps de vol : 5h30

Ce matin du 19/09, on se réveille heureux d’avoir accompli une grande étape de notre voyage. Le réveil dans ce bivouac à l'ambiance nomade du désert nous prolonge le rêve un peu plus longtemps.

Le bivouac au pied du fort de Cap Juby
Coté bonne nouvelle, les carnets de vol de l'équipage Azur 6 s’ornent désormais d’un joli tampon de l'aérodrome de Tarfaya. Une petite blague nous a fait courir nombreux vers une petite cahute au bout de la piste dans laquelle 2 types nous ont vus débarquer sans comprendre. Le tampon était simplement dans la poche de l’ouvreur du raid, qui s’est bien marré.
Côté sujet d'inquiétude, le moteur consomme plus d’huile que prévu, de l’ordre de 0.3 l par heure, la valeur maximale tolérée d'après les mécaniciens. Nous avons de l’huile, achetée à Casablanca  précisément pour faire face à cette consommation inattendue. Les vols courts effectués jusqu’au Maroc nous l’ont un peu masquée, mais là, c’est assez net. Malheureusement, nous risquons de ne pas pouvoir utiliser cette huile, qui n’est pas exactement celle utilisée jusqu'à présent par le moteur. Les avis sur la possibilité de mélanger sont partagés. Oui pour certains, non pour d’autres. Nous restons perplexes, mais résolus à mettre de l’huile dans le moteur s’il en demande. Dussions-nous mettre de l’huile d’olive…Pas de traces de fuite d’huile sur l’avion, assez d’huile du modèle initial pour aller jusqu'à Dakar : nous continuons, le front plissé sur des sourcils un peu froncés.
Notre avion au bord de la piste de Tarfaya
Nous procédons au briefing matinal, nous partons à Nouadhibou aujourd’hui mais avant ça, nous avons une mission. Nous allons à la rencontre de nos chaleureux petits amis de CM2 de l’école Paul Pascon de Laayoune. Et pour cela nous devons partir tôt, nous en informons l’organisation. La couleur est annoncée, nous allons courir après le temps aujourd’hui mais le jeu en vaut la chandelle. Nous partons dans les premiers direction Laayoune. Camille pilote, Eddy copilote et Laurent derrière. Nous décollons de Tarfaya avec une mission précise à la façon des pilotes de l'Aéropostale qui devaient faire passer le courrier coûte que coûte.

Vol bref et sans histoire au-dessus du désert au bout duquel l’oasis de Laayoune nous apparaît. La ville est assez étendue et l’eau semble y être abondante. Tiens, deux mirages F1 marocains qui roulent au point d'arrêt. Démangeaisons dans l’index du spotter, mais nous sommes sur un terrain militaire et on nous a conseillé de ne pas faire d'excentricités.
Survol de Laayoune à l'arrivée
Camille pose F-JRG sur la piste de Laayoune
Sur place, nous nous séparons les tâches pour aller plus vite. Laurent gère le ravitaillement de l’avion, Camille dépose le plan de vol et Eddy prend contact avec l’école pour coordonner le déplacement. Quelques minutes plus tard, nous sommes prêts à partir tous les 3 vers l’école. Nous sommes dans les starting-blocks. L’organisation est prévenue, nous devons viser le départ de la dernière vague, nous avons un peu moins de 2h. Le directeur vient nous récupérer et nous arrivons à l’école sous les yeux étincelants de cette jeunesse marocaine qui se prend à rêver en même temps que nous. Une banderole « Bienvenue Azur 6 » a été accrochée et suspendue au 1er étage pour nous planter le décor. Le chemin jusqu'à la classe de nos amis est riche en rencontres,  beaucoup d’enfants viennent nous voir pour des autographes et pour nous saluer. Ce doit être le prestige de la combinaison de vol car au fond, nous ne sommes guère plus que des enfants comme eux, émerveillés par l’accueil qu’ils nous offrent. 

La cour de l'école OSUI Paul Pascon de Laayoune

Camille surprise devant la banderole d'accueil des enfants

Les élèves de la classe de CM2 sont visiblement heureux de nous revoir depuis Tarfaya
Dans la classe, nous sommes assis tous en rond ensemble avec les enfants qui passent du temps à nous poser des questions sur notre voyage, le pilotage et le temps dans l’avion. Les élèves s’amusent de voir ceux qu'ils considèrent comme des vedettes en chair et en os, plutôt qu’en 2 dimensions sur un écran de télé. Les "vedettes" sont un peu roussies par deux journées à 5 h de vol, au début d’une nouvelle longue journée de vols. Nous n’avons pas beaucoup de temps, mais nous faisons durer le plaisir. Les enfants nous parlent de leur vie dans le désert. Incroyable, ils nous parlent de jardins, de fleurs, alors que l'aridité de l’air chargé de sable nous irrite le nez depuis hier. Ils nous offrent du thé. Là aussi, surprise : ce patelin du bout du monde est réputé dans tout le Maroc pour son thé : 9731% excellent. 
Azur 6 devant la porte de la classe de CM2

Une des élèves nous montre comment on écrit "avion" en langage local
Nous terminons par le tournage d’un petit message vidéo qui nous accompagnera lors de notre retour en France où nous allons le partager avec l’école Jacqueline Auriol d’Istres, l’autre bout du lien, à notre point de départ. La liaison est créée. Des enfants marocains sont liés à des enfants français à notre petite échelle, le temps d’un échange. Ils souhaitent entretenir ce lien et communiquer par Skype ou par courrier avec les jeunes français. C’est noté, nous repartons avec une autre mission, boucler la boucle. C’est une grande émotion et un bonheur absolu pour nous de pouvoir jouer le trait d’union entre ces classes.
Le chef pilote nous rappelle à l’ordre, il est temps de rentrer à l’aéroport de Laayoune. Un grand merci à l’école OSUI Paul Pascon qui nous a permis de réaliser un de nos rêves en partageant toutes ces choses avec leurs élèves.

Nous couchons ce soir en Mauritanie, à Nouadhibou. Nous partons presque en courant, pas fiers de nous. Les bagages en provenance de Tarfaya sont au pied de l’avion, ouf. Mise en route. Roulage. Essais moteur. Décollage. On a 4h00 de vol jusqu'à Nouadhibou, et nous sommes partis vite, trop vite. Ça n’est pas une première sur le raid et nous râlons un peu. La routine du vol reprend le dessus.
Départ de Laayoune avec survol de la rivière à la sortie de la ville
La suite du voyage se déroule paisiblement. Seul bémol, tous les équipages ont oublié de faire tamponner leur passeport pour sortir du territoire marocain, nous devons donc nous poser à Dakhla pour les formalités administratives. Nouveau plan de vol, déposé à l’ancienne, sur du papier. Nous perdons du temps, mais l'avantage d'être partis tôt, c’est que nous gardons une marge confortable par rapport à la tombée de la nuit. En plus, le vent souffle du nord sur le Sahara. Atterrissage turbulent, mais nous avons une vitesse sol pas banale tout en ménageant la mécanique et notre essence. Les terrains de déroutement ne sont pas légions dans le coin. Pour Nouadhibou, c’est Nouakchott. C’est à peine moins loin que de retourner à Dakhla. 



Pose Sandwich en vol au côté du Captain des Com'unmanche : Lolo Lafayette

Lolo pose l'avion à Dakhla
Nous repartons dans la foulée, direction Nouadhibou. Le défilé du désert évoluant sous nos ailes reste spectaculaire. La roche jaune parsemée de collines et de vallons laisse place aux dunes de sables si typiques de l’image du désert que nous nous faisons. Les falaises vers l’océan restent bien découpées façon biscotte que l’on a cassée. On ne se lasse pas de ce paysage qui rend humble face à cette immensité sableuse.

Les côtes Mauritaniennes
L’arrivée à Nouadhibou se passe sans problème et nous arrivons avec une heure de moins encore. Nous sommes à présent synchronisés sur l’heure universelle (UTC), celle utilisée en aéronautique. Nous avons 2h en moins par rapport à la France.

Camille pose notre avion à Nouadhibou
Au sol, nous inspectons notre moteur qui semble consommer un peu trop d’huile à notre goût. Sur consultation des mécanos, c’est normal, notre moteur n’est pas tout jeune, pas de fuite c’est juste de la gourmandise. Il est vrai que jusqu’à maintenant, il démarre au quart de tour mais nous le garderons tout de même à l’œil. Dans le pire des cas, nous nous sommes entraînés à dessiner des moutons, si besoin...


Inspection du niveau d'huile de fin de journée, on y tient à notre moteur, surtout quand on en a qu'un !

Jour 5 : Sur les traces de Saint-Ex à Tarfaya

Départ : Casablanca Tit Melil GMMT (Maroc)
Escale : Tan-Tan GMTN (Maroc)
Arrivée : Tarfaya GMAF (Maroc)

Distance : 1000 km
Temps de vol : 5h



Azur 6 au départ de Casablanca

Aujourd’hui longue journée, longs vols. Nous partons tôt. Au terrain, nous nous préparons tous à un départ matinale de Casablanca quand un bus d’écoliers arrive, puis un second et un troisième. Une centaine d’enfants sont là pour rencontrer le Raid Latécoère. Nous ne sommes pas les seuls à parrainer une école.

Bertrand Piccard accueillant les enfants sur le terrain de Tit Mellil
Ce répit laisse à l’organisation le temps d’affiner les relevés météo et à Lolo le temps de faire tamponner nos carnets de vols par la tour de Casablanca Tit Mellil.
La configuration de l’équipage change encore ce matin, je passe pilote avec Laurent en copil et Camille en radio.

Eddy et Laurent prêts au départ
Nous avons 4h de vol non-stop pour relier Casablanca à Tan-Tan dans un premier temps puis Tarfaya en passant par Essouira et Agadir. C’est la première fois pour Eddy d'enchaîner un vol si long.  La question des toilettes refait surface ... tout le monde se la pose mais personne n’en parle. Le joker est dans le sac si besoin. Pour le reste, on sait faire et le plan est bien en tête.
Nous décollons dans la vague Bravo avec un espacement de 5 min avec le trafic précédent. Nous décollons et à nous le désert.

Cette route Casa - Dakar était mythique, beaucoup de pilotes de la "Postale" voulaient voler dessus pour la tranquillité et la splendeur des paysages. Rien n’est plus paisible et reposant qu’un paysage mi-désertique et mi-côtier. A son arrivée dans l’Aéropostale, Mermoz est d’abord envoyé sur la ligne Toulouse - Barcelone pour se faire la main alors qu’à la même époque on étend la ligne connu jusqu'à Dakar. Il rêve d’intégrer ce tracé si particulier qui est défriché par les pilotes renommés de l’époque. Kessel écrit que sur ce tracé, Mermoz retrouvera le même esprit du vol qui l’a rendu accroc à Palmyre où il était pilote dans l’Armée de l’Air. Ce moment où il a compris qu’il était fait pour ça.

La journée qui nous rembourse de toutes nos peines : vol sans histoire vers une destination mythique. Les espaces aériens se simplifient. Nous arrivons dans le désert. Le vol est long mais le vent nous pousse : alors qu'il n' y a pas grand-chose à faire, les impressions sont fugitives. Les champs cultivés autour des villages dans le sud de Casablanca font place à des paysages de savane, quelques arbres, des buissons.



En suivant la côte, des plages immenses et désertes. Parfois des oueds à sec creusent des vallées où subsiste un peu de végétation. Le reste du paysage est minéral, sable et pierres. Nous enregistrons des images de temps en temps, mais nous pourrions laisser tourner la caméra. Au sud d'Essaouira, nous longeons les falaises. Des parapentes et des kitesurfs apparaissent de temps à autre.

Les côtes du Maroc








La baie d' Agadir est entièrement recouverte de nuages bas que nous survolons. La mer et la ville ont disparu sous le coton.

La baie d'Agadir sous les nuages
Nous retrouvons la vue du sol une fois revenus sur le rivage, de l' autre côté de la baie. Il y a une zone militaire active dans le sud du Maroc. Son contournement nous oblige à nous enfoncer dans le désert. Paysages de cinéma. On dirait le décor de la guerre des étoiles. Le vol se transforme en course d' endurance : nous grignotons en vidant nos bouteilles. Puis nous arrivons à l' escale.

La guerre des étoiles ? Tatooine ?

Camille qui prend des photos du décor désertique

L'équipage en mode survol du désert (et de l'eau ... sinon pourquoi les gilets ?!)
Arrivée à Tan-Tan nous cherchons la piste en plein désert. C’est simple, il n’y a absolument rien autour à part le petit village de Tan-an. Plus nous descendons vers le sud, plus la vie se raréfie.
La piste est immense : à l'arrivée, nous voyons d'abord le fossé rectiligne de la clôture d'enceinte, assez grand pour être confondu avec la piste. En fait, la piste est encore plus grande. Comme si un ingénieur excentrique avait décidé de construire un autoroute en plein désert, au départ d’une oasis, avait changé d’avis et laissé le chantier en l'état. Finale de 747.
Au sol, on reprend son souffle, on se dégourdie les jambes et constate que la transpiration nous a sauvé du joker toilette. C’est l’avantage de ce climat chaud. Mais attention à ne pas se déshydrater pour autant. Nous mangeons sous l’aile de l’avion, protégés du soleil et ébouriffés par le "mistraahl" (ils ont aussi du vent fort dans le désert…).

Et c’est le départ pour Tarfaya, la version ailée du pèlerinage à Saint-Jacques.
Pour l’occasion, ce sera Laurent qui posera l’avion sur l’ancien terrain de Cap Juby. La piste est limitative, 680 m dans le sable. 3 grandes antennes se trouvent légèrement décalées de la trajectoire en finale et nous partons après 4h de vol déjà assumées. Cette arrivée légendaire est mis entre les mains du plus expérimenté à juste titre pendant que Camille et moi ferons des images souvenirs.
Plus nous nous rapprochons, plus nous entendons nos compagnons de voyage s’exciter à la radio. Le leader est déjà posé et régule le trafic avec une radio portative. 3 zones d’attentes ont été installées dans le circuit de piste (à l’approche du terrain, début de vent arrière et fin de vent arrière). Nous entendons que les bouchons commencent. Et oui, même dans les airs il peut y avoir des bouchons, à 23 avions ce n’est pas étonnant sur un terrain ouvert seulement quelques fois par an. De plus, la piste étant sur le sable, il nous est demandé de couper le moteur rapidement pour manœuvrer l’avion à la main une fois l’atterrissage accompli. Nous réduisons notre vitesse bien en amont pour réduire les embouteillages et la stratégie est payante.

L'expérience du vol en groupe accumulée les jours précédents commence à se faire sentir. Nous profitons de ces conditions pour regarder le désert affirmer sa présence : nous n’avions pas vu de dunes jusque là, et, après la traversée de l’embouchure d’un fleuve côtier, en voilà de longs cordons, sculptés par le vent. Vu du ciel, ça ressemble aux écailles d’un poisson. Rien d'étonnant finalement, puisque nous arrivons dans un pays de pêcheurs.

Embouchure  se dit Foum en marocain
Nous arrivons sur Tarfaya seul en tour de piste et sans attente. Lolo est plus concentré que jamais.
Le Petit Prince nous regarde, alors on s’applique. La routine du vol empêche de s’attendrir, et le terrain n’est pas facile, mais l'émotion est bien réelle : les poils frémissent sur les bras et les nuques. Nous observons le site avec des yeux d’enfants. Nous y sommes ! Cap Juby est là sous nos yeux, et nous allons nous y poser. Laurent procède à la vent arrière au dessus du port de Tarfaya puis vire en base avec un beau visuel sur les antennes menaçantes. Effectivement, une fois en finale, le saumon de l’aile ne passe pas très loin d’elles. Lolo maitrise et nous faisons un atterrissage parfait qui aurait peut-être pu rendre fier Saint-Exupéry. Demi-tour, roulage, extinction du moteur, allumage coupé. On nous pousse sur le parking. Azur 6 est arrivé à destination.

Beaucoup de monde nous attend au sol. Alors que nous prenons quelques secondes pour reprendre nos esprits et réaliser ce que nous venons de faire, Camille ouvre la verrière et nous entendons contre toute attente : « Azur 6 ! Azur6 ! Azur 6! ».
Nous nous retournons, un groupe d’enfants scandent nos prénoms et celui de l’équipage en brandissant des pancartes avec le portrait et le nom de l’équipage. Incroyable, les enfants que nous parrainons ont fait le déplacement depuis Laayoune pour venir nous voir atterrir. Ce cadeau est inestimable. A peine sorti de l’avion, ils courent vers nous.

Les enfants de Laayoune au pied de l'avion Azur 6
Ils se posent dans le sable face à nous, nous leur disons bonjour individuellement en leur tapant dans la main puis nous nous asseyons près d’eux dans le sable pour une petite discution.
Eddy commence à signer des autographes ! Bertrand Picard est venu en ambassadeur des aviateurs du monde entier. Pas de bol, Eddy lui vole un peu la vedette en signant T-shirt et casquettes. On dirait les Beatles a Wembley. Lolo et Camille font la visite de l’avion, qui se remplit de sable. Qui n’a jamais rêvé de faire des pâtés de sable dans un avion ?

Le bonheur réside des ces petits moments de la vie
L’institutrice est là avec le directeur de l’école et quelques parents d’élèves. Tout le monde est ravi, nous les premiers. Armés de stylos, nous signons des autographes à tous ces enfants sur tout type de support : papier, casquette, livre, t-shirt et même sur les bras de certains. C’est l’euphorie. Nous ne comprenons pas ce qui nous arrive mais les enfants sont heureux et nous aussi. Nous leur montrons ensuite l’avion, le cockpit et on leur explique comment ça marche.
L’institutrice nous remet alors quelques cadeaux : la rose du Petit Prince, confectionnée par les enfants, un exemplaire du Petit Prince écrit en Arabe et un petit livre sur Laayoune et son école. Enfin, ils nous remettent une valise où ils ont préparé un musée itinérant sur leur culture que nous avons pour mission d’emmener à Essaouira via Dakar. C’était le deal de notre parrainage. Nous acceptions tous ces présents comme un immense honneur et nous leur disons un grand merci pour le moment inoubliable qu’ils viennent de nous offrir.

La valise d'expo itinérante
Pour l’anecdote, les enfants étaient tellement heureux de nous voir que nous avons probablement eu plus de câlins et signé plus d’autographes que notre parrain d’édition alors présent lui aussi sur les lieux. C’était de la folie. C’est pour ça que nous faisons ce Raid, pour raviver en nous mais aussi chez les autres, cet esprit euphorique de rêve que suscite l’aviation depuis toujours.

Photos de famille avec la classe de CM2 de l'école Paul Pascon de Laayoune et Azur6
Les enfants reprennent la route, nous redescendons tranquillement de notre nuage pour bientôt bondir sur un autre tout aussi incroyable. Une fois l’avion protégé du sable, nous filons vers le musée Antoine de Saint-Exupery entretenu par l’association « Les amis de Tarfaya » qui veille aux bonnes relations et à la commémoration de l’Aéropostale. Ce petit musée regorge de trésors dont une statue du Petit Prince offerte par le Raid Latécoère l’an dernier pour le centenaire du premier vol de PG. Latécoère.
Eddy et son pote Saint-Ex dans le musée de Tarfaya
Ensuite nous filons sur la plage où le traditionnel match de foot entre les participants du Raid et l’équipe locale de Tarfaya a lieu. Nous profitons de ce moment de convivialité pour savourer l’instant présent au bord de l’océan au coucher du soleil. En arrière plan, le fort de Cap Juby avec une stèle en forme de biplan comme pour rappeler la mémoire de ces pionniers passés ici à la croisée des lignes aériennes.
Azur 6 au pied du fort de Cap Juby, devant la stèle des pionniers
Un des membres du staff a dit : « les religieux ont la Mecque ou le Vatican, les pilotes ont Cap Juby. Ce lieu est très particulier car singulier et disposé sur un bord de mer au milieu de nulle part mais ayant une place stratégique lors des années postales. Les pilotes transitant de Casablanca jusqu’à Dakar n’avaient pas beaucoup d’escale sécurisé sur le trajet, seuls quelques endroits leur permettaient de se poser en toute sécurité. Tarfaya faisait partie de ces endroits. Mais au delà, ce petit fort espagnol servant de lieu de rassemblement de pilotes était mystique par son isolement. L’atmosphère y est légère et apaisante. Sur le sable on entend de très loin le bruit des vagues de l’océan et le vent marin apporte un peu de douceur au tableau. Et pour couronner le tout, le grand Antoine de Saint-Exupéry y a été chef d’aéroplace pendant plusieurs années. Son travail consistait à maintenir cette place forte sécurisée pour les pilotes et, le cas échéant, négocier avec les tribus Maures, qui capturaient les pilotes posés en raison de pannes, la rançon de la libération. La légende dit que c’est en ces murs que Saint-Ex aurait écrit certains de ses ouvrages et qu’il aurait eu l’inspiration pour le Petit Prince. Ce lieu est donc empli d’une grande histoire.

Le reste de la soirée se passera dans un bivouac monté et proposé par le gouverneur de la province de Tarfaya sous le haut patronage du Roi du Maroc, rien que ça. Nous sommes reçus comme des princes des milles et unes nuits. Nous n’oublierons décidément pas cette journée incroyable.

Fin de soirée en bivouac marocain